La nourriture peut être perçue comme une source de joie, partagée avec des proches dans une ambiance de plaisir. Lors des repas en famille, nous aimons nous retrouver autour d’une table pour échanger des histoires et des rires. Les sorties au restaurant nous permettent également de vivre des moments de qualité avec nos ami·e·s.
Pour certaines personnes, ce type d’activités et de rassemblements peut représenter un défi et s’accompagner d’anxiété. Il demeure souvent difficile de percevoir leur détresse, même lorsqu’elles sont submergées par de la culpabilité, des pensées envahissantes et une forte anticipation liées à ces situations. La réalité et l’apparence ne concordent pas toujours. L’apparence démontre parfois qu’une personne est en contrôle et qu’elle va bien, toutefois, la réalité peut être tout autre.
Cette invisibilité est d’autant plus problématique dans une société marquée par la présence des réseaux sociaux, lesquels encouragent la comparaison et l’imposition de « normes » liées au poids et à l’apparence. Des personnes y partagent leur routine alimentaire, ce qui peut contribuer à normaliser et à banaliser certains comportements néfastes.
Déconstruction des stéréotypes
Contrairement aux idées reçues, les troubles alimentaires ne sont pas toujours visibles physiquement. En effet, plusieurs personnes ne correspondent pas à l’image que l’on s’en fait, notamment en raison des représentations véhiculées dans les médias. Par exemple, une personne souffrant d’anorexie n’est pas nécessairement mince. Les troubles alimentaires peuvent toucher tout le monde, sans égard à leur poids ou à leur apparence physique. Réduire la souffrance à un chiffre ou à une silhouette est dangereux, car cela peut mener à minimiser la détresse de quelqu’un dont le corps ne correspond pas à nos idées préconçues.
La normalité trompeuse
Tout comme il est impossible d’identifier qu’une personne souffre d’un trouble alimentaire uniquement en se basant sur son poids, on ne peut pas non plus le faire en se basant sur ses comportements. Certaines personnes continuent à prendre leurs repas en public et à participer à des activités où la nourriture est présente. Elles peuvent aussi préserver l’apparence d’un fonctionnement adéquat dans leur vie professionnelle, scolaire ou sociale; souvent par crainte du jugement d’autrui. Toutefois, cela peut retarder la reconnaissance du trouble jusqu’à ce qu’il entraîne un impact significatif sur la santé de la personne.
Ce qui se cache derrière l’assiette : le bruit mental constant
Une personne vivant avec un trouble alimentaire fait souvent face à un bruit mental incessant, parfois décrit comme la « voix » du trouble. Cette voix influence ses pensées et ses comportements, surtout ceux qui sont en lien avec l’alimentation et l’image corporelle.
Parmi ces pensées, on peut retrouver par exemple : « cette nourriture est trop grasse », « il y a trop de sucre dans cet aliment », « je ne devrais pas manger ce repas », « je ne devrais pas m’entraîner aujourd’hui, j’ai une blessure mais si je ne m’entraîne pas je vais perdre tout mon progrès » ou encore « je n’arrive pas à arrêter de manger, je ne me sens pas bien ». En ce qui concerne l’image corporelle, la personne peut percevoir son poids comme trop élevé ou ressentir le besoin de bouger davantage afin de brûler des calories. À long terme, ces pensées envahissantes peuvent engendrer un épuisement psychologique, souvent imperceptible aux yeux d’autrui.
Loin d’être une question de volonté : démystifier les idées reçues
Il arrive que l’entourage ait l’impression que la personne concernée manque de volonté pour aller mieux. Or, il existe une distinction importante entre les choix alimentaires et le trouble alimentaire lui-même.
Dans la vie quotidienne, une personne peut choisir d’améliorer son alimentation, de prendre trois repas par jour ou d’ajouter une collation lorsqu’elle ressent la faim. Pour une personne vivant avec un trouble alimentaire, cette capacité de choix est altérée. Une voix intérieure limite sa liberté de choix et d’agir, la poussant à adopter certains comportements pour répondre aux exigences de la maladie, comme manger moins, sauter des repas ou éviter certains aliments.
Rendre visible sans stigmatiser
Le regard des autres joue un rôle important dans la vie d’une personne vivant avec un trouble alimentaire. Il est essentiel d’adopter une écoute active et d’accueillir les émotions de ses proches avec bienveillance. Cela contribue à briser l’isolement et à préserver la relation.
Il est recommandé d’éviter les commentaires sur l’apparence et l’alimentation, car ceux-ci peuvent alimenter l’obsession liée au poids et à la nourriture. Reconnaître la légitimité de la souffrance vécue permet également de maintenir un climat de confiance et favorise une communication plus ouverte. Ces petites actions participent à créer des espaces sécuritaires où les personnes peuvent s’exprimer et demander de l’aide. Chaque personne traverse son trouble alimentaire à sa façon et chaque parcours de rétablissement est unique. Il est important d’offrir un accompagnement sans jugement, au rythme de la personne et dans le respect de son vécu.
Conclusion
Les troubles alimentaires passent souvent inaperçus, puisqu’ils se vivent principalement à l’intérieur, là où les autres ne peuvent pas voir. Prendre en compte cette réalité permet d’effectuer de petits changements simples au quotidien afin de mieux soutenir les personnes vivant avec ces maladies. Ces ajustements contribuent à favoriser un climat de confiance et à réduire l’isolement de ceux et celles qui sont touché·e·s par un trouble alimentaire. Il est essentiel de voir au-delà de l’assiette et de ne pas se concentrer sur ce que la personne mange, mais plutôt sur ce qu’elle ressent. Accueillir la détresse avec compassion est un pas important vers un soutien bienveillant et le rétablissement.
Si vous ou l’un de vos proches vivez avec un trouble alimentaire, nous vous encourageons à faire preuve de compassion envers vous-même et à vous offrir de la douceur. Si vous ressentez le besoin de parler, ANEB est là pour vous accueillir via sa ligne d’écoute et de références (1-800-630-0907) ainsi que via ses services d’aide en ligne (clavardage et texto).
N’hésitez pas à demander de l’aide: rendre visible la face cachée des troubles alimentaires, c’est refuser de laisser la souffrance dans le silence.
Audréanne Bigras, intervenante aux services d’aide en ligne chez ANEB



Je suis âgé de 69 ans! A l âge de 7 ans, à la naissance de mon frère, mes parents m ont rejetée. Ce trauma d enfance m a fait « tombé« dans l anorexie, troubles anxieux et TPL! J ai passé ma vie à consulter et je suis toujours prise dans cette prison!
Bonsoir Elaine, nous vous remercions pour votre commentaire!
Ce que vous avez vécu si jeune a laissé une trace importante, et cela mérite beaucoup de douceur.
Même avec tout ce que la vie vous a demandé, vous avez continué à avancer, et cela montre une vraie force en vous.
Le fait de pouvoir raconter votre histoire aujourd’hui montre qu’une petite lumière est restée présente tout au long du chemin.
Il existe encore des moments d’apaisement possibles, même après un long parcours, un souffle à la fois. 🙂