Le temps des Fêtes est souvent associé aux assiettes bien remplies et aux rituels autour de la nourriture qui reviennent d’année en année. Pour beaucoup, ce sont des moments de plaisir et de partage; un temps d’échange et de traditions communes. Mais pour d’autres, cette période peut devenir source d’anxiété, de culpabilité ou de détresse. Cela est d’autant plus vrai pour les personnes vivant avec un trouble alimentaire ou qui ont une relation complexe avec la nourriture.
Créer des traditions qui ne tournent pas autour de la nourriture permet non seulement de réduire la pression, mais aussi d’offrir plus d’espace à la connexion, au repos et aux expériences positives avec vos proches. Voici quelques pistes pour imaginer un temps des Fêtes plus doux et en accord avec les besoins de chacun·e.
Pourquoi imaginer des traditions alternatives ?
La nourriture occupe une grande place dans notre culture, et encore plus pendant la période des Fêtes. Ce n’est pas un problème en soi, mais lorsque toute l’attention est centrée autour des repas, cela peut :
- accentuer la peur du jugement ou des commentaires sur l’alimentation et/ou l’apparence;
- déclencher des comportements compensatoires ou restrictifs;
- rendre les rassemblements plus anxiogènes;
- invisibiliser ceux et celles pour qui les repas sont difficiles.
En créant des traditions qui n’ont rien à voir avec la nourriture, on offre ainsi d’autres manières de vivre la magie du temps des Fêtes qui mettent l’humain, pas l’assiette; au centre des célébrations.
Quelques idées de traditions qui ne tournent pas autour des repas
Les traditions du temps des Fêtes peuvent prendre mille et une formes, et elles n’ont pas besoin de tourner autour des repas pour être significatives. Par exemple, les rituels créatifs offrent un espace pour se rassembler autrement : dessiner, bricoler des ornements pour mettre dans le sapin, créer des cartes de vœux à offrir, préparer ensemble une playlist qui accompagnera les moments passés en famille ou entre ami·e·s, ou encore sortir faire un bonhomme de neige ou une activité artistique spontanée.
Le mouvement doux peut aussi devenir une tradition réconfortante. Aller marcher dans un quartier illuminé, danser dans le salon sur ses chansons préférées, s’étirer, faire du yoga ou bouger pour le plaisir permet de se connecter à son corps autrement. L’objectif n’est pas la performance, mais le bien-être, la détente et le sentiment de connexion, que ce soit seul·e ou en groupe.
Certaines traditions peuvent également mettre l’accent sur la connexion émotionnelle. Prendre un moment pour partager un souvenir marquant de l’année, exprimer une fierté personnelle ou collective, écrire et échanger des mots de gratitude, ou encore se raconter des anecdotes qui font sourire contribue à renforcer les liens et à donner un sens plus profond aux rassemblements. Ces instants favorisent l’écoute, la reconnaissance et la présence des un·e·s envers les autres.
Les traditions de détente ont aussi toute leur place pendant les Fêtes. Regarder des films réconfortants, organiser une soirée jeux de société, lire ensemble, faire un casse-tête ou passer un après-midi en pyjama sous les couvertures dans une ambiance chaleureuse permet de ralentir le rythme. Ces moments offrent un moment de sérénité dans une période souvent chargée et stimulante.
Enfin, les traditions solidaires peuvent donner une dimension encore plus humaine au temps des Fêtes. Faire un don auprès d’une cause qui nous touche, participer à une collecte de vêtements ou de jouets, poser un geste de gentillesse pour un·e voisin·e, un·e collègue ou un·e inconnu·e rappelle que les fêtes peuvent aussi être un moment de partage et de compassion. Ces gestes, petits et grands, nourrissent un sentiment de sens et de communauté, autant pour les personnes qui les reçoivent que pour ceux et celles qui les posent.
Comment introduire de nouvelles traditions sans heurter les habitudes ?
Changer la dynamique d’un événement peut être délicat. Voici quelques astuces :
- Proposer, pas imposer : « Cette année, j’aimerais ajouter une activité qui ne tourne pas autour de la nourriture. Ça vous tente d’essayer ? »
- Commencer petit : une seule tradition suffit pour entamer la discussion
- Inclure tout le monde : demander aux proches de choisir une activité ou de proposer une idée.
- Mettre l’accent sur le sens : rappeler que l’objectif est de passer un bon moment, pas de remplacer quoi que ce soit.
Et si la nourriture reste quand même présente ?
Ce n’est pas un échec. L’idée n’est pas d’éviter de sujet de la nourriture à tout prix, mais de créer de l’espace pour autre chose. On peut très bien garder certains rituels culinaires tout en ajoutant des traditions qui valorisent la connexion, la créativité, la détente ou la solidarité. L’important est que chacun·e puisse se sentir à l’aise, inclu·e et respecté·e.
En conclusion
Les traditions non-alimentaires permettent de redéfinir le temps des Fêtes autour de ce qui est le plus précieux : les liens humains, la chaleur, les souvenirs, la douceur. Elles offrent une alternative précieuse pour les personnes vivant avec un trouble alimentaire, mais elles enrichissent aussi l’expérience de chacun·e.
Créer de nouvelles traditions, c’est une façon d’honorer nos besoins, notre santé et ce qui nous fait réellement du bien. Et parfois, c’est à travers ces petits changements que les rassemblements redeviennent ce qu’ils devraient toujours être : un moment pour respirer, s’aimer et se retrouver.
Juliet Adams, intervenante aux services d’aide en ligne chez ANEB


