Les repas de famille, censés être des instants de partage et de convivialité, peuvent malheureusement se transformer en une véritable épreuve, tant pour la personne aux prises avec un trouble alimentaire que pour son entourage. L’intensité des émotions, les préoccupations et la pression ambiante peuvent être des sources d’anxiété. Néanmoins, il existe des stratégies pratiques pour les rendre progressivement plus doux et empreints de bienveillance.
Quand tu vis avec un trouble alimentaire :
Avant de t’asseoir à table, prends un moment pour te préparer mentalement. Accorde-toi quelques minutes de respiration profonde pour calmer ton esprit. Identifie une personne de confiance à qui tu pourras faire signe si tu te sens submergé·e. N’hésite pas à exprimer tes besoins : « J’aimerais qu’on parle d’autre chose que de nourriture » ou « J’ai besoin qu’on respecte mon rythme », ou encore « Je ne me sens pas à l’aise quand tu fais des commentaires sur l’apparence des autres/mon apparence.
« Pourquoi tu ne me racontes pas les dernières nouvelles dans ta vie? » Si tu travailles avec un·e nutritionniste, partage avec tes proches les stratégies qu’il ou elle t’a proposées afin qu’ils puissent te soutenir au besoin.
Pendant le repas, essaie de t’ancrer dans le moment présent. Concentre-toi sur les saveurs, les textures et les odeurs. Participe aux conversations pour détourner ton attention des pensées intrusives. Si l’anxiété monte, tu peux faire un exercice de respiration, ou te retirer momentanément, soit avec ton proche de confiance, soit seul·e si tu préfères. Rappelle-toi que l’inconfort est temporaire et que tes émotions sont valides.
Sois bienveillant·e envers toi-même. Félicite-toi pour chaque petite victoire, même si le repas ne se passe pas exactement comme tu l’avais prévu. Accepte que certains jours soient plus difficiles et évite de te comparer aux autres.
Quand tu accompagnes un·e proche :
Avant le repas, mets en place une ambiance sécurisante : lumière douce, ambiance calme, téléphone mis de côté. Prépare quelques sujets de conversation positifs et rappelle-toi que ton rôle est de soutenir, pas de contrôler.
Durant le repas, il est essentiel d’adopter une posture neutre et bienveillante. Concentre-toi à maintenir une atmosphère agréable et détendue en discutant de sujets légers comme des projets futurs, des films ou des souvenirs joyeux. Abstiens-toi de surveiller les quantités consommées par ton proche ou de faire des commentaires à ce sujet. Évite toute discussion portant sur le poids, les régimes ou l’apparence physique.
Après le repas, propose une activité qui n’a pas de lien avec la nourriture ou l’exercice. Reste disponible si ton proche souhaite parler, mais sans forcer la discussion. Prends aussi soin de toi : reconnais tes émotions et n’hésite pas à aller chercher du soutien auprès de personnes de confiance ou de professionnel·le·s si nécessaire.
Pour toute la famille
Établissez ensemble des règles communes afin de créer un espace sécuritaire. Respectez le rythme de chacun·e et évitez les sujets sensibles comme les calories ou les comparaisons alimentaires. Créez des rituels apaisants : un moment de gratitude, une musique douce ou une tradition familiale positive.
En cette période des fêtes, ajoutez des gestes symboliques qui réchauffent les coeurs : allumez une bougie parfumée, partagez un souvenir joyeux ou un bon coup réalisé dans l’année, mettez-vous au défi de passer une soirée festive sans écran… Offrez-vous le cadeau de l’écoute et du respect de l’autre dans l’ici et maintenant, comme un PRÉSENT sous le sapin!
Le rétablissement d’un trouble alimentaire demande du temps, de la patience et beaucoup de compassion. Avec ces efforts partagés, les repas avec nos proches peuvent redevenir des moments de connexion et de joie, tout comme les soirées d’hiver où l’on se rassemble autour du feu, enveloppés de chaleur et de lumière.
Karine Guérard,
intervenante adjointe aux services d’aide en ligne chez ANEB


