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Témoignage d’une mère

Ma fille souffre d’anorexie mentale depuis huit ans. Tout a débuté quand elle avait douze ans par un désir de manger plus sainement pour perdre un petit surplus de poids. Un an plus tard, elle avait perdu beaucoup maigri. Mon entourage me faisait des commentaires, surtout mon mari. Je prenais sa défense, je rassurais tous le monde, ma fille me disait aller bien et je la croyais sur parole. J’ai tout de même fini par l’amener chez le médecin de famille et la nutritionniste. Tous deux m’ont confirmé que tout allait bien et m’ont dit que je m’inquiétais trop. Malgré l’absence de règle, la perte de poids, l’agitation et l’anxiété de ma fille, ils n’y ont vu que du feu. Je ne les blâme pas, ma fille était déjà une spécialiste de la dissimulation avec son trouble alimentaire, mais nous ne le savions pas encore.

Puis à 15 ans, suite à l’annonce de ma séparation d’avec mon conjoint, ma fille a tout simplement arrêté de manger. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, parce que j’étais prise dans le tourbillon de mes problèmes conjugaux. Mais un matin, je me suis arrêter pour la regarder et j’ai compris que ça n’allait pas du tout. Je l’ai amené chez une psychologue qui a reconnu tous les signes classiques de l’anorexie mentale et nous a référé en psychiatrie. J’étais sous le choc, terrifiée, et je me sentais horriblement coupable de ne pas avoir vu ce qui se passait sous mes yeux. Je ne le savais pas encore, mais la culpabilité allait devenir ma compagne de vie pour les prochaines années.

Ma fille a été hospitalisée sept fois à ce jour, pour lui sauver la vie à chaque fois. Elle a maintenant 20 ans et elle souffre toujours d’anorexie mentale. Son trouble alimentaire a changé ma vie à tout jamais. J’ai vécu des sentiments que je ne pensais pas un jour ressentir. Le sentiment d’impuissance d’abord. Puis, la colère, si puissante que je me faisais peur à moi-même. Ensuite, ce fût la peine qui me collait à la peau. J’avais si mal de la voir souffrir sans pouvoir l’aider.

J’ai eu besoin de beaucoup de soutien pendant ces années de lutte continuelle pour trouver des soins spécialisés dans ma région et pour protéger ma fille d’elle-même. J’ai eu la chance, dès le début de mes recherches, de trouver le site ANEB et surtout le forum pour les proches. J’y ai écris presque tous les jours pendant trois ans ! J’avais tellement besoin de vider mon sac et j’y ai trouvé du soutient et de l’écoute sans jugement auprès des autres parents. J’ai été suivie par une psychologue géniale qui m’a fait comprendre que ce n’est pas ma faute, que je ne peux pas guérir ma fille, et que je dois même me protéger d’elle pour ne pas couler moi aussi. J’ai rencontré plusieurs anges sur mon chemin, depuis la descente aux enfers de ma fille. Ces personnes si spéciales dans mon cœur qui m’ont aidé à accepter l’inacceptable. Mon cœur et mon esprit se sont ouverts à la maladie mentale, je suis une meilleure personne maintenant que j’ai accepté ce que je ne peux pas changer.

Je ne sais pas ce que l’avenir réserve à ma fille. Un jour à la fois et quand ça va mal c’est une heure à la fois… Je sais seulement que quoi qu’il arrive je serai là pour elle. Je lui ai promis, à quinze ans, que je ne la laisserai pas tomber et je vais tenir ma promesse quoi qu’il arrive.

Soleil40

3 thoughts on "Témoignage d’une mère"

  1. Céline dit :

    c’est le premier texte que je lis à ce sujet. Depuis quelques mois, j’ai appris que ma fille était anorexique et boulimique. Elle est infirmière………je ne comprends pas vraiment ce qui arrive. Elle n’a plus ses règles, elle est entrain de briser ses dents ui m’ont couté la peau des fesses quand elle était jeune. Elle a 23 ans. Elle est si belle, elle detruit son corps, j’en reviens pas. Elle est en réaction envers moi. Je suis moi-même thérapeute et je ne peux même pas l’aider, c’est déroutant. J’ai lu que sa vie pouvait être en danger et qu’a plus ça ne se guérit pas, mais je me dit que si le cancer se guérit comment se fait-il qu’il n’ont pas trouvé un traitement pour guérir cette maudite maladie mentale.

  2. Malicorne dit :

    Bonjour Céline,

    Je suis la tante de deux jeunes filles anorexiques.
    Et tout d’abord, je veux vous dire : l’anorexie se soigne, et on peut guérir.
    Je sais quel choc ce doit être pour vous, nous vivons le même, mais il faut s’armer d’amour et de courage pour vaincre cette maladie.
    Mes nièces sont suivies, mais les méthodes françaises sont très « vielles écoles  » et nous avons décidé de chercher nous-même à comprendre la maladie.
    En France, il y a l’Association AUTREMENT qui est une source d’informations utiles.
    En anglais, vous avez le F.E.A.S.T. qui permet de partager et qui est aussi une grande source d’aide pratique.
    Si votre fille s’abîme les dents, c’est sans doute qu’elle souffre énormément, ce n’est pas forcément qu’elle vous rejette.
    Beaucoup de jeunes gens souffrent de cette maladie, ce n’est ni leur faute, ni celle de la famille.
    N’hésitez pas à me contacter.
    Je vous envoie toutes mes affectueuses pensées.
    Isabelle.

  3. Amélie dit :

    Il est en effet important de considérer que cette maladie PEUT se guérir dans une grande proportion de cas. Par contre, pour se faire, il faudra vous armer de beaucoup de patience. C’est un processus qui peut s’avérer long et ardu. De nombreux facteurs peuvent entrer en ligne de compte pour que vos proches s’en sortent. Dans un premier temps, il faut comprendre que malgré toute votre bonne volonté et vos efforts, si la personne qui souffre ne reconnaît pas la maladie, il vous sera plus difficile de lui venir en aide. Une fois cette étape franchie, un suivi tant médical que psychologique pour découvrir les causes plus profondes de ce mal est essentiel. Le tout avec le soutien de la famille ainsi que des amis le plus possible.

    Le trouble alimentaire vient compenser un mal profond dont on ne soupçonne pas toujours l’existence. Une multitude de facteurs peuvent être en cause à la fois. La détresse, la souffrance et le besoin des personnes qui souffrent sont réels. Le trouble alimentaire, malgré tous les désagréments qu’il cause procure un réel soutien à ces personnes et c’est pourquoi il est difficile de travailler pour les aider à guérir.

    Je vous suggère de téléphoner à ANEB (1-800-630-0907) cette ligne est gratuite et confidentielle. Que ce soit pour recevoir davantage d’information pour vous aider à comprendre la maladie ou vous aider à trouver des stratégies pour aider vos proches il nous fera plaisir de vous aider. Par ailleurs, il est important de reconnaître que tout comme la personne qui souffre, le proche qui la soutient a également besoin d’être soutenu, aidé. Nous offrons donc aussi des services d’aide et d’écoute aux proches de personnes souffrant de troubles alimentaires. N’hésitez pas en cas de besoin, vous n’êtes pas seules!

    L’équipe d’ANEB Québec

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