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Le jour où on m’a dit que j’avais l’air d’avoir pris du poids

Anaïs Favron, animatrice assez connue, s’est fait traiter de « petite grosse » par une internaute récemment, suite à une apparition télévisée. Ladite internaute s’est permise de mentionner à Mme Favron qu’elle « avait l’air d’une petite grosse à la télé et qu’elle devrait s’habiller autrement pour le cacher… »

Chapeau à Anaïs qui a répondu en disant : « Oui je suis petite, oui je suis dodue, ce n’est pas l’illusion de la télé, alors s’il existait des vêtements qui me donnaient l’air d’être mince et sexy, je trouverais ça probablement très cool mais en même temps ça ne serait pas moi, moi je suis petite et dodue, je vieillis aussi et je ne vois pas pourquoi je devrais faire semblant d’être quelqu’un d’autre pour vous plaire. Mon chum me trouve très chouette, et j’ai beaucoup de plaisir dans la vie, je vous souhaite d’en avoir autant et d’être bien dans votre peau! […] ».

Depuis quand se permet-on autant de méchanceté et de maladresse quand il s’agit de commenter sur le poids de quelqu’un?

Trop longtemps, ça je peux vous le dire.

C’est arrivé à plusieurs reprises que des gens qui m’étaient pratiquement inconnus ce sont permis de me dire que je semblais avoir pris du poids, comme ça… juste parce que.

Une fois, lorsque je travaillais dans un café, une de mes clientes habituelles (que j’adore très sincèrement) m’a dit: « Je pense que tu as pris du poids dernièrement…

Il faudrait que tu fasses un peu plus attention, je ne voudrais pas qu’il t’arrive quelque chose. »

Si seulement elle savait…

Il y a quelques jours (évènement qui a inspiré ce texte), ma collègue de travail me dit tout bonnement: « Est-ce que c’est moi ou tu as pris du poids depuis que tu as été engagée ici? Il me semble que tu étais beaucoup plus maigre? »

Ouf, une belle claque dans la face encore une fois. Je suis restée bouche-bée sur ma chaise. Je ne savais pas quoi dire… Tu réponds quoi à ça?

L’affaire c’est qu’elles n’avaient pas tort. C’est vrai, dans les deux cas j’avais bel et bien pris du poids.

Pour être honnête, la première fois que c’est arrivé, j’étais chanceuse d’avoir ma psychologue pour me rassurer et calmer ma panique. Je n’étais pas du tout au point où j’en suis aujourd’hui et je ne crois pas que j’avais la force ou les arguments nécessaires pour contrer ce discours négatif.

Par contre, lorsque c’est arrivé la semaine dernière, j’étais seule face à cet évènement qui m’a, disons-le, prise de court. Cela faisait un moment que mon alimentation était soit disant « parfaitement remplie d’imperfections » Je mangeais ce que je voulais, quand je voulais sans vraiment y porter attention (ce qui est une bonne chose, précisons-le). Je savais que j’avais pris quelques livres. Je savais et je m’attendais à ça: cela vient avec le rétablissement d’un trouble alimentaire, c’est un peu écrit dans le contrat quand tu décides d’entamer ce processus.

Donc, j’en étais consciente. C’est une réalité que je dois assumer.

La deuxième fois que c’est arrivé: j’étais beaucoup plus forte mentalement. Je n’avais pas besoin de soutien ou des mots encourageants de ma psychologue: j’y suis arrivée toute seule. Bon, ok. J’ai pleuré pendant une heure. J’ai paniqué et pendant ces 60 bonnes (et longues) minutes, j’ai sincèrement douté mon rétablissement.

Je me suis posée énormément de questions inutiles sur tous les petits détails qui ne veulent pas vraiment dire quoi que ce soit et j’ai douté tout ce que j’avais fait depuis les derniers mois. C’est extrêmement difficile au début car notre esprit peut parfois tellement être méchant envers soi. C’est très demandant d’aller à l’encontre de toutes les pensées malsaines… Et quand quelqu’un de l’extérieur ose faire un commentaire qui pourrait encourager les pensées intrusives, cela paraît pratiquement impossible à tolérer.

Effectivement, j’ai pris du poids. Mais j’ai gagné tellement plus que cela depuis les dernières semaines. Je suis retombée en amour avec la vie, je suis capable de profiter d’un repas entre amis, d’avoir de l’énergie pour travailler et ainsi offrir le meilleur de moi-même. J’ai maintenant des buts, des aspirations. Je suis capable de passer au travers de certaines difficultés et j’ai appris à apprécier les petits moments de la vie. Je suis capable de prendre soins de moi et du fait même, mieux prendre soins des autres. J’arrive à pleurer et à avoir de la peine, il m’arrive d’être en colère et il y a des jours où je suis simplement heureuse. Je suis capable de vivre les émotions comme elles se doivent et de communiquer avec les autres sans utiliser la nourriture.

Après cet après-midi difficile, je suis entrée chez moi et avec l’aide de ma coloc (petit coucou à Caroline), j’ai pris tous les pantalons qui ne me faisaient plus, ceux dans lesquels je me sentais serrée et ceux qui me rappelaient trop la maladie…

Je les ai mis dans un sac.

Je les ai ensuite donnés.

J’ai repoussé cette étape je ne sais plus combien de fois. Pour certains, j’ai juste donné un sac de linge trop petit. Mais pour moi, jeter ce sac voulait dire que je ne me donnais plus l’option de retourner en arrière. Plus jamais. Je me débarrasse de ce que j’étais et de ce que je faisais subir à mon corps. Je tourne la page, je me laisse une nouvelle chance. Je réalise que ma valeur personnelle doit être définie par autre chose que la taille de mes pantalons.

Moi, je sais par quoi je suis passée. Je sais que même si j’étais plus « petite », j’étais loin d’être mieux dans ma peau et encore plus loin d’être heureuse. Je suis consciente de tous les efforts et de toutes les misères que j’ai dû traverser afin d’être où j’en suis aujourd’hui.

À mon avis, tout ce que j’ai accompli jusqu’à maintenant vaut BEAUCOUP plus que quelques livres. Le « risque » en vaut la peine et je suis reconnaissante de pouvoir être ici et vous écrire ce texte en ce moment… et d’y croire vraiment. Ça fait du bien de se sentir authentique dans ce que l’on dit.

C’est exigeant, mais parfois lors du rétablissement quelques difficultés tel que des commentaires inutiles et mal placés nous font douter. Parfois, on a l’impression que cela n’en vaut pas la peine et qu’il faut tout abandonner. Ce sont dans ces moments-là qu’il faut continuer malgré tout. Qu’il faut repousser nos limites afin de voir ce qui se cache de l’autre côté de la montagne. C’est loin d’être évident, mais nos pensées sont si facilement chamboulées dans une période de vulnérabilité et parfois il faut douter et questionner afin de mieux continuer.

Je veux que les choses changent. Je veux que les gens deviennent conscients de qu’ils disent et qu’ils prennent des responsabilités pour leurs actions. Il faut comprendre que ce que l’on dit peut parfois être blessant. Peu importe le commentaire : les gens doivent comprendre que commenter le poids de quelqu’un n’est pas pertinent. Vous ne savez pas ce qui se cache derrière ces changements; l’histoire de la personne. Il faut arrêter de se permettre autant de liberté lorsqu’il s’agit des commentaires sur l’apparence physique des autres. *

La prochaine fois que tu voudrais faire un commentaire au sujet du poids de quelqu’un, tu t’abstiens. Point à la ligne.

Élyse Beaudet

* Évidemment, si vous êtes inquiets pour la santé de la personne (ex. une perte de poids drastique), certaines interventions peuvent être faites. Encore là, il faut faire preuve d’empathie et de sensibilité. Au besoin, Anorexie et boulimie Québec (ANEB) peut vous aider à avoir les bons mots. Numéros de la ligne d’écoute : 514 630-0907 (Montréal) ou 1 800 630-0907 (ailleurs au Québec sans frais).

8 thoughts on "Le jour où on m’a dit que j’avais l’air d’avoir pris du poids"

  1. Ariane dit :

    Bravo! … et merci pour ce texte. Il met du baume sur mon âme qui  »rush » avec la prise de poids ces temps-ci 🙂

    1. Élyse Beaudet dit :

      Merci à toi d’avoir lu mon texte et d’avoir été si  »ouverte » à recevoir et à lire ces informations. C’est toi-même qu’il faut remercier! Je comprends que cela peut être angoissant et difficile, mais je te promets que cela ne sera pas TOUJOURS aussi dur… Si cela peut apaiser ton anxiété : je suis sincère quand je dis que la prise de poids ne demeure pas toujours un aspect aussi  »central » du rétablissement. Un moment donné, on oublie un peu et la douleur est moins intense. Je te souhaite de continuer tes beaux efforts et de poursuivre dans cette voie. Tu fais preuve de beaucoup de courage! Ne lâche surtout pas xxx

  2. Nicole Godin dit :

    Merci de ne pas céder à la pression de certains commentaires désobligeants et je serais curieuse de voir le beau corps parfait de ces personnes qui se permettent de critiquer et de juger. Moi je pense toujours à l’effet miroir. Ce que tu dis des autres, c’est toi qui le vit. Regarde dans ta cours, enlève tes mauvais herbes, et ensuite admire le paysage. Il y a toute sorte de fleurs différentes dans mon jardin. La différence est ce qui fait la beauté du monde dans lequel nous vivons. Merci !

    1. Élyse Beaudet dit :

      Bonjour Nicole,

      Merci à toi pour ce beau commentaire. C’est fascinant de voir les perspectives différentes que les gens ont par rapport à un même sujet… Ta comparaison avec les fleurs m’a fait sourire, c’est une très belle métaphore. Merci d’avoir pris le temps de lire mon texte! xxx

  3. Elizabeth dit :

    Juste MERCI

    1. Élyse Beaudet dit :

      Salut Élizabeth!

      Merci à toi d’avoir pris le temps de lire mon texte. Je suis heureuse de savoir que cela t’a fait du bien. xxx

  4. Suzanne dit :

    Comme je suis fière de toute les personnes qui expriment leur anxiété et leur peur de l’autre, de leurs commentaires…je trouve qu’il y a beaucoup d’humanité dans ces témoignages, je les en félicitent et elles ont toutes mon admiration…Suzanne

    1. Élyse dit :

      Merci Suzanne! Moi aussi je suis heureuse de voir tous les beaux témoignages. Ça me touche beaucoup. Xxx

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