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Sournoise.

C’est le meilleur mot pour la décrire, cette petite voix qui me martelait la tête. Cette petite voix qui m’infligeait une souffrance sans nom, depuis longtemps. Trop longtemps.

Elle n’était pas si forte, comme un murmure, mais pourtant si puissante. Tellement puissante qu’elle dictait tous mes gestes et mes pensées. Elle me submergeait, m’étouffait. J’étais sa prisonnière, elle était mon bourreau. Un bourreau sans merci qui piétinait ma joie de vivre, déchirait mes entrailles et, surtout, m’infligeait une culpabilité énorme.

Coupable.

C’est comme cela que je me sentais, jour après jour. À chaque bouchée, à chaque fois que je « cédais ». À chaque fois que je donnais à mon corps ce qu’il criait pour obtenir et que je m’efforçais tant de lui refuser. Car, je le savais, elle ne manquerait pas de me faire sentir comme une moins que rien, comme une lâche, la petite voix.

J’étais spectatrice de ma vie.

Combien de fois je me suis regardée dans le miroir, sans vraiment reconnaître le reflet qu’il me renvoyait? Trop de fois.

Je m’éteignais à petit feu et je me sentais vide…dans tous les sens du terme.

J’en avais assez. Tellement assez. Assez d’être si fragile, d’être dans cet état second, dans cette illusion de contrôle. Car, en fait, je ne contrôlais rien du tout. C’est elle qui avait tout le pouvoir.

Puis, j’ai eu bien de la chance. Dans ma quête d’identité, j’ai débuté mon baccalauréat en nutrition. Ne sachant pas trop à quoi m’attendre au début, je me suis vite aperçue que je ne pourrais jamais aider quelqu’un si je ne travaillais pas d’abord sur moi-même. Si je ne travaillais pas d’abord sur ELLE.

J’ai alors pris conscience de quelque chose d’énorme :

Et si elle avait tord?

Si à force de l’écouter, j’en étais venue à oublier qui je suis. Qui était-elle pour me dicter ce que je devais faire ?

Puis j’ai compris : elle n’était que le reflet de ce que je pensais de moi. La petite voix avait le pouvoir que JE lui accordais et elle continuait à me harceler, car j’étais convaincue qu’elle avait raison. J’étais persuadée que je n’avais aucune valeur et je me privais jour après jour pour me punir, pour disparaître, pour ne plus sentir cette douleur…

La seule façon d’en guérir était de surmonter ce dégoût de moi-même et, pour une fois, d’apprendre à m’aimer.

Apprendre à s’aimer, tout un défi!

Ça m’a pris du temps mais, surtout, beaucoup de courage pour y arriver. C’est la chose la plus difficile que j’ai eue à faire dans ma vie, mais c’est aussi la chose dont je suis le plus fière.

Si j’avais à revenir à cette époque j’aurais aimé qu’on me dise que cette petite voix s’éteint à mesure que se bâtit notre confiance en soi.

Si j’avais à revenir à cette époque, j’aurais aimé qu’on me dise que la personne la plus importante dans ma vie c’est moi et que j’en mérite chaque seconde.

Mais, par dessus tout, si j’avais à revenir à cette époque, j’aurais aimé qu’on me dise que cette bataille vaut la peine d’être gagnée et que, même si la petite voix ne s’éteint jamais complètement, cette liberté est la plus belle chose au monde.

Et c’est pour cela que je vous l’écris aujourd’hui…

Marie-Joelle

2 thoughts on "ELLE"

  1. Nancy Chagnon dit :

    Bravo Marie-Joëlle pour ta force et ton courage. Ma fille vit actuellement ce combat depuis plusieurs mois et parfois le gouffre destructeur de l’anorexie semble l’habiter totalement. Et moi, j’assiste impuissante à sa souffrance. Ton histoire me donne le courage de continuer de l’accompagner dans ce combat si difficile. Merci d’avoir partagé ton histoire car elle me redonne l’espoir!!

    Nancy

  2. Chantale Martineau dit :

    Cette voix, est pour moi celle de ma grand-mère qui me dit que je suis grosse et un échec. Est pour moi, son harcèlement constant pour que je perde du poids. Est pour moi, celle de mon père que je vois que les samedis où nous allons toujours manger au restaurant. Est pour moi, celle de tous les hommes que j’aime sans rien en retour. Est pour moi, les attouchements sexuels de mon beau-père alors que ma mère détourne le regard. Est pour moi, l’insistance de tout le monde pour que j’en prenne une autre assiette. Est pour moi, les gens qui se consolent en me regardant. Est pour moi, le diagnostic de diabète reçu un 14 février. Est pour moi, tous les regards. Est pour moi, toutes les comparaisons. Est pour moi, la honte de porter du 6 X. Est pour moi, l’incapacité que j’ai d’arrêter de manger. Est pour moi, celle que je suis incapable de tuer en me saoûlant avec la nourriture.

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