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1000 jours de rémission

Ça fait 1000 jours. Ça se souligne ça, ça se surligne aussi! Ça se X en rouge, en gras pis en caractère 72 sur mon calendrier du bonheur. Ça se savoure, ça goûte tellement bon.

Ces jours-ci, je célèbre les 1000 jours de ma rémission de l’anorexie. J’ai envie de pleurer de joie! J’ai accompli ça. Moi. Je me suis rendue là. Ils ne sont pas arrivés tout seuls ces 1000 jours-là… j’ai bravement traversé le temps pour arriver jusqu’à eux.

J’explose de bonheur dans le calme de mon intimité. Je me trouve belle de mes 1000 jours aussi. Tellement belle! Ils me font bien, je les porte à merveille! Je les apprécie. J’éprouve beaucoup de reconnaissance, je ressens ma chance surtout. Profondément. Cette chance, c’est ma vie. La vie que j’ai choisie pour moi, que je me suis offerte. Celle que j’ai créée, celle qui me rend aussi heureuse aujourd’hui. Et je retombe en amour. J’ai fait beaucoup de chemin depuis l’autosuffisance…

Je suis profondément fière. Je me sens gratifiée du plus profond de mon être. J’admire le paysage, je contemple le tout, et je ressens l’importance de ce tout. C’est moi qui l’ai réalisé. Je ressens la valeur de ce que j’ai accompli. Je l’apprécie. Le chemin a été tout sauf facile. Si je devais revenir en arrière, je referais cependant les mêmes choix. Je referais le même chemin sans y changer la moindre chose. Je devais passer par là et je comprends « pour quoi » aujourd’hui. Je recommencerais sans même hésiter. Tout en a valu la peine. Je ne serais jamais la personne que je suis aujourd’hui, puisqu’on grandit au travers de ce qu’on vit. Cette personne que je suis aujourd’hui, j’y suis très attachée et je l’aime.

Quand l’anorexie tire la sonnette d’alarme

Ne vous méprenez pas, je ne voudrais plus JAMAIS retourner là d’où je suis sortie. Je ne voudrais plus JAMAIS avoir besoin de l’anorexie pour assurer ma survie psychologique, mais je ne me serais jamais rendue ici aujourd’hui sans avoir passé par là d’abord, et sans avoir réussi à traverser tout ce que j’ai dû braver lors de ma tempête intérieure. L’anorexie c’est un symptôme; mon système utilisait l’anorexie pour me transporter un message qui m’était destiné. J’avais besoin d’y porter attention à ce message. J’avais besoin de l’écouter et de le comprendre. J’avais surtout besoin d’apprendre à m’écouter. Je n’avais surtout plus d’autres choix que celui de m’écouter, de me choisir, et d’apprendre à me respecter. Pour pouvoir apprendre à m’affirmer et prendre ma place, plutôt que de me réduire à néant pour ne plus déranger, et d’attendre que l’on m’offre cette place.

Je me rappelle qu’au tout début, j’étais convaincue qu’il me manquait un morceau. Je ressentais ce vide, je l’habitais, je l’étais devenue. Je ne m’étais jamais sentie « normale ». Il fallait que ce soit de ma faute si je ne l’avais pas ce morceau. Je vivais beaucoup de culpabilité. Je vivais surtout de l’incompréhension et j’étais confuse. C’était quoi ce morceau? Pourquoi autant de vide? Mon désir de comprendre était fort. Je suis convaincue que ça a été un avantage pour moi. Sauf que… je vivais beaucoup de honte aussi… Je me sentais tellement loin des autres. Je me mettais beaucoup de pression pour y arriver aussi, c’est fou toutes les attentes et toutes les exigences que j’avais envers moi. J’étais devenue mon propre tortionnaire, j’étais très dure envers moi. Je me faisais tellement violence.

Ce vide que je ressentais en plein centre de moi, c’était cependant mon absence de moi. C’est moi qui n’étais pas là, je ne m’habitais pas. Je croyais plutôt que je n’étais rien, que je ne valais rien surtout et… je ne pouvais plus le ressentir ça. J’ai fait tout ce que je pouvais pour ne pas le ressentir ce vide. Tout. En faisant ça par contre, tout ce que je réussissais, c’était de l’agrandir. Je m’effaçais de plus en plus. Je disparaissais. Je croyais sincèrement que si je prenais moins de place dans la vie, je serais peut-être acceptée. Je me sentirais peut-être acceptée enfin… Je l’espérais.

Je perdais du poids en parallèle. Je devenais ce rien que j’étais convaincue d’être. Sauf que… je ne voulais pas être rien, je voulais seulement pouvoir exister pour enfin arriver à pouvoir être. Ne plus être un objet, mais être une personne. Être quelqu’un. Être moi. Je voulais TELLEMENT exister. Il y avait cette sensation en moi qui voulait se faire sentir, qui essayait tellement fort et qui persistait… mais, je ne voulais plus rien ressentir. Je ne voulais plus souffrir. J’avais peur… J’étais terrifiée.

L’anorexie est un cadeau déguisé. J’ai dû comprendre son message pour me donner le pouvoir de prendre conscience des choses et… quand j’ai compris que je n’y arriverais jamais par la raison, le rationnel, je n’aurai eu d’autre choix que de faire confiance et de me lancer. Je n’aurai eu d’autre choix que de m’ouvrir et d’ouvrir mon cœur. De me confier et de m’abandonner. Pour moi qui avait protégé ce cœur de tous et contre vent et marée une vie entière durant, je devais maintenant apprendre à faire le contraire.

Je me souviens aussi très bien du sentiment de deuil que j’éprouvais à chaque bouchée que je portais à ma bouche. À chaque fois, manger me donnait l’impression de devoir faire le deuil d’une partie moi. Je vivais de l’intrusion. Je ne me sentais pas en sécurité … Arrêter de manger n’est pas sain, et ça ne sera jamais une solution à rien. Même si je le savais, c’était la seule solution envisageable pour moi à ce moment. Manger, c’était me nourrir de manque alors, en arrêtant de manger, je m’apaisais aussi. Plus je sentais mes os, plus ça m’apportait du réconfort et plus je me sentais rassurée et en sécurité. Je ne voulais plus que me sentir en sécurité et je serais restée couchée en fœtus pour le reste de ma vie. Pendant ce temps-là, la vie sortait pourtant de moi à un rythme incontrôlable. Sauf que moi, je me sentais bien. J’étais pourtant très loin d’être bien… Je me souviens la peur, l’inconfort constant, ma rigidité, la pression que je me mettais, le dégoût, la haine, l’intensité, les pulsions… l’anorexie, c’est le cancer de l’âme. Je sais tout ça, je me le rappelle très bien encore, mais… j’ai commencé à oublier beaucoup aussi. À chaque jour qui passe, il y a encore plus de distance entre moi et ce vécu.

Ces jours-ci, je revois chacun de mes pas vers la sortie, je revois chacun de mes accomplissements, un à un. Il n’y en a pas eu de petits, ils ont tous été importants. La première fois où je me serai reconnue, la première fois que je me serai identifiée, la première fois que j’aurai ressenti l’amour. Réussir à manger 2 bouchées de plus, et que ça prenne 10 minutes de moins, que ça ait été moins difficile cette fois. La fois où j’aurai ressenti ma faim… après plus de 6 mois d’absence. Il faut tout célébrer. Il n’y a pas de petites victoires. Les petits pas soutiennent toujours les plus grands. Ils sont tous aussi importants et peut-être même encore plus. Reconnaissez vos exploits.

On se revoit d’ici peu pour la suite de mon histoire. Une seconde partie pour ce billet est à venir.

Marie-Eve Gosselin

3 thoughts on "1000 jours de rémission"

  1. Julie dit :

    Merci pour ton témoignage:) J’en suis rendue a 800 jours de mon côté et je comprends tout à fait ton parcours! Je m’identifie dans ce que tu as vécu et ça fait du bien de te lire et de se sentir comprise 🙂 Bravo à toi et bonne continuation 🙂

  2. Elaine dit :

    Bravo Marie-Eve!
    Je suis profondément chavirée par un tel billet! De lire sans contredit, cette victoire sur l anorexie. Quelle bonne nouvelle!

    Se sentir ainsi, si vide de vivre. Ne pas exister. S enfermer car on ne sait pas ce que l on vaut.

    Ces phrases sont comme si moi, je les avais écrites.

    J espère simplement qu un jour, j écrirais un tel billet.
    Pourquoi pas?

    Merci de me donner de l espoir!

    1. Marie-Eve dit :

      Bonjour Élaine,

      Vous me voyez bien heureuse que ce billet ait produit un tel chavirement en vous! Ça vous parle fort!!!

      Un pas à la fois, c’est la seule façon d’avancer! Continuez, vous me semblez être sur le bon chemin! C’est bien d’espérer, mais croyez-y aussi! L’espoir il est déjà en vous, c’est vous, je l’ai seulement éveillé! 😉

      J’ai déjà hâte de vous lire!
      Marie-Eve

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