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To The Bone: oui mais….(les bons et les mauvais coups)

Comme plusieurs le savent, vendredi dernier, le film To The Bone (v.f Jusqu’à l’os), réalisé par la scénariste et productrice Marti Noxon et basé sur son combat avec l’anorexie et son chemin vers le rétablissement, est sorti sur les ondes de Netflix. Chez Anorexie et boulimie Québec (ANEB), nous appréhendions quelque peu ce film (pour lire le communiqué à cet effet, cliquer ici).

En tant que responsable du volet éducation et prévention, j’ai donc visionné le film en compagnie d’une collègue avec un calepin et un crayon, question de vous revenir avec nos impressions. J’en ai également discuté avec notre porte-parole masculin, Félix-Antoine Tremblay, certains ambassadeurs et bénévoles. Voici nos conclusions.

D’abord, nous avons été soulagés de voir que l’auteur n’a pas mis l’accent sur les astuces employées pour contrôler son poids et camoufler la maladie. Bien entendu, certaines scènes y font allusion, mais elles ne constituent pas la majorité du film et ne donnent pas trop de détails. Le film ne présente pas d’images trop graphiques ; chose que l’on avait reprochée à la série Thirteen Reasons Why.

Le film est-il réaliste ?

Ici, il importe de se rappeler qu’il s’agit d’un film et non d’un documentaire. Bien sûr l’histoire a été romancée, certains segments sont assez légers et peuvent sembler banaliser la maladie. Une scène en particulier a éveillé un peu mon agacement… celle du restaurant (si vous avez vu le film, vous comprendrez de quelle scène il s’agit). Il faut dire également que cette histoire est celle d’une personne et non celle de tous les gens aux prises avec un trouble alimentaire. Il y a autant de possibilités de parcours qu’il existe de gens sur cette terre.

En visionnant le film To The Bone, il est possible de constater que le personnage est très maigre. Oui, cela peut arriver, et je ne veux surtout pas minimiser la situation qui représente la réalité de certains patients. Par contre, je souhaite aussi souligner qu’une personne peut souffrir d’un trouble alimentaire, peu importe son format corporel. Une personne aux prises avec un trouble alimentaire peut d’ailleurs, bien souvent, sembler en très bonne santé physique.

Bien que l’équipe derrière le film aie fait un effort pour présenter une certaine diversité de genre, culturelle et corporelle, celle-ci reste quelque peu limitée.

Dans la réalité, les troubles alimentaires peuvent toucher des gens de tous âges, tous genres, formats corporels, orientations sexuelles et origines culturelles.

L’impuissance des proches

Il faut dire que le film a vraiment bien réussi à illustrer l’impuissance des proches face à la maladie. Leur détresse, leur maladresse ainsi que les émotions contradictoires qu’ils peuvent ressentir vis-à-vis la personne et la maladie sont des aspects que l’on y aborde.

À cet effet, voici des comportements qui sont à proscrire si l’on veut aider une personne aux prises avec un trouble alimentaire :

-La forcer à manger. Évidemment, si je suis un parent d’un enfant aux prises avec un trouble alimentaire, je devrai, avec l’aide de spécialistes, encadrer mon enfant à cet effet. Par contre, si je suis un ami, un frère ou une sœur, un autre membre de la famille, mon rôle n’est pas d’intervenir à ce propos. Inciter une personne à manger, lui offrir des récompenses si elle mange ou encore lui faire des menaces, risque de causer plus de dommages que de bienfaits. En plus d’être inutiles, ces types de comportements risquent de faire en sorte que la personne se fâche, ne veuille pas se confier à nous et soit encore plus réticente à manger davantage.

-Parler du poids et de l’apparence de la personne. Dans la même lignée, des interventions à ce propos risquent de causer plus de tort que de bien. On déconseille d’ailleurs de féliciter la prise ou la perte de poids, mais plutôt de souligner les démarches qu’entreprend la personne ainsi que ses accomplissements.

Le rétablissement : un processus qui n’est pas linéaire

Le film démontre bien que le rétablissement d’un trouble alimentaire ne se fait pas de façon linéaire. Il est possible d’expérimenter de bons et de beaux moments, mais aussi des moments plus difficiles, des rechutes, puis de remonter la pente tranquillement. On voit d’ailleurs dans le film qu’Ellen n’en ait pas à son premier essai. On nous précise qu’elle a déjà été hospitalisée et qu’elle a essayé plusieurs types de traitements. Comme le souligne l’une des intervenantes de l’histoire, chaque petite victoire est importante et mérite d’être soulignée.

Les soins dispensés aux personnes qui souffrent d’un trouble alimentaire

Ceci dit, concernant le type de soins et traitements offerts aux personnes aux prises avec un trouble alimentaire, il faut savoir qu’ils varient en fonction de plusieurs éléments : l’âge de la personne, l’état de santé physique, ses besoins, la présence d’autres troubles de santé mentale. L’approche du centre où Ellen reçoit de l’aide spécialisée ne serait par exemple pas adéquate pour un enfant ou un adolescent.

Dans certains cas, une personne doit être hospitalisée. Soulignons que l’hospitalisation ne ressemble pas à ce que nous avons vu dans le film, et pour plusieurs patients cette période peut être particulièrement éprouvante et souffrante.

Au Québec, il existe de plus en plus de services spécialisés en troubles de la conduite alimentaire. Par contre, la majorité de ces services sont centralisés dans les grands centres urbains comme Montréal et ses environs, Sherbrooke, Québec, Trois-Rivières et Gatineau. Parfois, les gens ont à faire face à une attente de plusieurs mois pour recevoir de l’aide. Sans compter que nombre des services sont offerts dans des cliniques privées, et ne sont donc pas accessibles financièrement à tous. Chez ANEB, tout comme dans d’autres organismes communautaires, nous tentons d’offrir des services rapidement accessibles, sans frais ou à faibles coûts, à toutes les étapes du cheminement de la personne et en accord avec les autres services. Il faut dire que nous travaillons en partenariat avec de nombreuses institutions et organisations spécialisées dans le domaine de partout à travers le monde, afin d’offrir des services de qualité, qui répondent aux besoins des gens aux prises avec un trouble alimentaire.

Le film nous aide-t-il réellement à comprendre ce que sont les troubles alimentaires ?

Je maintiens qu’il est dommage que les troubles alimentaires encore méconnus de la population tels que l’hyperphagie boulimique n’aient pas été traités plus en profondeur par le film. Le film aborde de façon un peu superficielle le sujet. Au final, comme dirait notre porte-parole Félix-Antoine, le film To The Bone n’est pas parfait, mais il permettra d’ouvrir le dialogue sur ce trouble de santé mentale grave, encore incompris. Ce film devient, en quelque sorte, un prétexte pour éduquer les gens sur la problématique. C’est de notre devoir d’en profiter pour sensibiliser notre entourage et mettre en lumière certains aspects de la maladie.

Pour s’outiller le mieux possible devant la venue du film To The Bone en tant que parent, enseignant ou intervenant, nous vous conseillons de faire la lecture du guide « Comment prévenir sans nuire », disponible sur le site Web de la Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires (semainetroublesalimentaires.com). Les adolescents et les jeunes adultes, qui représentent les personnes les plus à risque de développer un trouble alimentaire, devraient idéalement visionner ce film avec un adulte. ANEB invite les parents dont les jeunes souhaitent voir le film à s’asseoir avec eux et à faire un retour sur certains passages et émotions qu’il a pu susciter.

Une personne qui souffre ou qui a souffert d’un trouble alimentaire devrait se questionner quant aux risques ou bienfaits potentiels liés au visionnement du film. Se questionner à savoir si elle est prête à l’écouter. Certaines scènes peuvent être confrontantes et difficiles à regarder, tout dépendant notre vécu.

Pour terminer, si vous souffrez d’un trouble alimentaire et que vous avez besoin d’aide, rappelez-vous que vous n’êtes pas seul. Oui, il est possible de se rétablir complètement d’un trouble alimentaire avec de l’aide spécialisée. N’attendez pas!

Les gens qui auraient besoin d’aide peuvent utiliser les services d’ANEB :
• Ligne d’écoute 514 630-0907 (Montréal) ou 1 800 630-0907 (ailleurs au Québec, sans frais)
• Pour les jeunes de 14 à 18 ans, clavardage avec un intervenant via anebados.com
• Groupes de soutien pour les personnes aux prises avec un trouble alimentaire et leurs proches (17 ans et +)

Pour une liste des ressources spécialisées en troubles alimentaires (milieu hospitalier, organismes communautaires et cliniques privées): http://anebquebec.com/services/ressources-par-region.

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