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Anorexie : « destroy what destroys you »

La semaine de sensibilisation aux troubles alimentaires passée et davantage médiatisée cette année, je décide d’en profiter pour démystifier le sujet et tenter de passer par-dessus certains préjugés encore très présents dans notre société face à ce fléau.

Les troubles alimentaires demeurent pour plusieurs un tabou et en parler ouvertement peut s’avérer un défi dans cette société aux idées plutôt arrêtées. En fait, on doit être clair, l’anorexie, comme la boulimie ou l’hyperphagie, sont des MALADIES. Des maladies avec lesquelles beaucoup plus de gens que l’on pense se battent continuellement. C’est comme un ange et un démon au-dessus de votre tête qui s’obstinent continuellement. Pendant un certain temps, j’ai tenté de cacher ou de camoufler mes problèmes sous d’autres données, comme des problèmes cardiaques, ce qui, en fait, était réel puisque mon cœur ne recevait pas assez d’énergie pour fonctionner adéquatement. À un point tel que mon pouls et ma pression n’étaient pas perceptibles. Par contre, essayer de cacher à ses camarades de classe que tout va bien quand une jeune femme frêle quitte l’école pendant 6 semaines et qu’elle revient avec pratiquement 20lbs de plus… bien des facteurs pour alimenter la machine à rumeurs d’une gang d’adolescents de 16-17 ans.

Aujourd’hui, avec 20 ans de vie, beaucoup plus de maturité et de travail accompli sur moi-même, je suis prête à accepter le fait que oui, j’ai vécu des moments plus difficiles et ma béquille à moi a été un trouble alimentaire. J’ai été hospitalisée à l’Hôpital Sainte-Justine sur l’unité de l’adolescence, plus précisément avec le programme des troubles alimentaires, communément appelé TCA (Trouble de la conduite alimentaire). Coupée de tout contact avec mon environnement habituel pendant plusieurs semaines, beaucoup de réflexions et une prise de conscience ont été accomplies durant mon hospitalisation, mais aussi des regrets de m’être rendue si loin dans cette maladie et de perdre un temps précieux avec mes proches ; j’étais dans un hôpital pendant que mes amies s’amusaient et vivaient une vie d’adolescente normale.

Parlons de béquille. Chaque personne a sa propre béquille pour tenter de gérer des situations de crise. Certains auront recours à la drogue, d’autres au magasinage compulsif, certains la gèrent mieux que d’autres. Moi, j’ai utilisé mon poids, la seule chose sur laquelle je pouvais encore avoir un certain contrôle, alors que tout semblait s’écrouler autour de moi. Pourquoi me suis-je privée ? Pourquoi, alors que l’alimentation est vitale ? Pourquoi moi ? Ces questions tournaient encore et encore dans ma tête pendant des semaines. Aujourd’hui, je suis capable d’accepter et de passer par-dessus ces questions pour assumer les problèmes et passer à autre chose. Est-ce possible de réellement passer à autre chose ? Encore aujourd’hui, j’ai des doutes. Je ne crois pas que dans mon cas mon trouble alimentaire peut se régler à 100%, je crois davantage qu’il est possible de le gérer et d’apprendre à vivre avec.

À l’adolescence, l’opinion des autres est tellement inestimable. C’est pourquoi la question la plus persistante dans ma tête demeurait « qu’est-ce que les autres vont dire ? ». En effet, à 16-17 ans, un jeune s’identifie à ses pairs, puis cherche à voler de ses propres ailes. Dans mon cas, le processus fut freiné par le trouble alimentaire, entraînant le repli sur soi-même et l’isolement associés à cette maladie. Une autre question demeure et personne ne peut avoir la réponse à cette question : Et si je n’étais pas tombée dans les troubles alimentaires, si je n’avais pas souffert d’une phase aigüe de cette maladie, que serait-il arrivé ? Serais-je la personne que je suis aujourd’hui ? À cette dernière question, je réponds non haut et fort, car cette expérience m’a changée du tout au tout et ce, dans plusieurs sphères de ma vie. Pour la première, honnêtement, je préfère ne pas savoir quelle personne je serais devenue sans un TCA. Je suis qui je suis et cette évolution fait partie de moi.

La vie est belle, elle n’est vécue qu’une seule fois et le biscuit mangé de trop ne vaut pas la peine de gâcher une journée d’hiver ensoleillée.

Vickie A.

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