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Tolérer l’imparfait

En tant que personne qui se considère rétablie de son trouble alimentaire, il y a parfois des moments où je réalise que je n’ai pas réussi à entièrement tout mettre de côté.

Je crois que j’ai rencontré mon plus gros défi aujourd’hui.

Effectivement, oui, le trouble alimentaire ne prend plus de place dans ma vie. Je n’y pense pratiquement jamais et mes journées passent comme elles devraient passer, avec les hauts et les bas et habituellement, je gère très bien.

Mais parfois, comme aujourd’hui… ça ne va juste pas pantoute.

On va mettre une chose au clair: j’étais prête à retourner aux études et c’est un des meilleurs choix que j’ai fait cette année, mais il reste que c’est ma première session à l’université et c’est également ma première session sans mon trouble alimentaire et sans mes habitudes malsaines, qui m’ont servi de béquilles pendant ces 4 dernières années.

L’école sans trouble alimentaire? C’est quoi ça? Je fais mon exam de maths et ça ne se passe pas du tout comme je l’aurais voulu. Je panique.

Je sors de ma classe les yeux pleins d’eau, je me retiens pour ne pas brailler dans le métro, ça me prend mille ans me rendre chez moi… j’arrive à la maison, je laisse mon sac tomber pis j’en braille un bon coup.

Quarante minutes à brailler par terre avec ma chienne qui essaie de me faire jouer avec elle (c’est sa façon à elle de me consoler).Ça fini pu.

« Ça y est, je vais couler. Je suis pathétique. À quoi ça m’a servi de retourner aux études? Je ne serai jamais capable. Je ne pourrai jamais entrer dans mon programme, je ne suis pas assez intelligente. Je vais faire quoi de ma vie? Je vais être pognée à faire quelque chose que j’aime pas? Je ne serai jamais acceptée. Je suis une déception. Je me déteste. Non mais je me prends pour qui?! Voir que j’ai cru que ça valait la peine de me rétablir? Incapable. Je ne suis pas bonne. Je suis laide. Je suis conne. Je suis poche. C’est fini. Ça sert pu à rien d’essayer. »

Bon. Habituellement mon discours intérieur ne dégringole pas jusqu’ici. Souvent, dès que mon discours négatif embarque, j’arrive à rationaliser (3 ans de thérapie ça sert à quelque chose quand même!), mais dans les périodes vraiment stressantes (genre, la fin de session), j’ai beaucoup de difficulté à freiner mes pensées et à être rationnelle.

C’est dur de gérer les échecs quand je dois les vivre.

Avant, ça me semblait plus simple. Le trouble alimentaire était tellement parfait pour ça. Je ne vivais jamais d’échecs parce que je passais mon temps à les éviter. Je n’avais pas à gérer de colère, de tristesse, de déception. La seule chose que je gérais c’était ma nourriture (et encore là…), et je ne vivais pratiquement aucune émotion, mis à part un grand vide. Constamment. Je n’étais jamais vraiment triste ou fâchée, mais je n’étais jamais vraiment amoureuse ou émerveillée non plus (bref, une vie que je ne voudrais jamais retrouver).

Aujourd’hui, j’arrive à tolérer mes échecs pour la première fois depuis tellement longtemps. Je dois gérer ces émotions-là par moi-même, comme une grande. C’est paniquant, mais tellement beau à la fois. Quand tu remets les choses en perspective, j’ai braillé 40 minutes assise sur mon plancher… mais mes habitudes liées à ma nourriture n’ont pas changé pour autant. J’ai continué à manger mes trois repas. J’ai continué à manger mes collations. J’ai continué à manger ce que je voulais, quand je voulais. Je n’ai pas laissé cet échec bouleverser mon alimentation et tous les efforts que j’ai faits jusqu’à présent.

Oui, j’ai été vulnérable. Oui, il a fallu que j’affronte la déception, la colère et la tristesse. Oui, j’ai été inconfortable et oui je m’en suis voulu. Non, je ne regrette pas. Oui. Je vais survivre. Je suis fière d’avoir pleuré assise sur mon plancher. C’est sain, pleurer. Ça ne met pas ma vie en danger. Ce n’est pas dangereux. Ça ne cause pas de dommages permanents. T’en brailles un coup pis après ça c’est fini. Tu passes à autre chose.

Mon premier réflexe restera probablement longtemps, voire peut-être toujours, le trouble alimentaire, mon « go to » quand les choses ne vont pas bien. Mais maintenant, je suis capable de faire un choix et ignorer les pensées qui s’acharnent sur moi dès que je suis stressée ou fâchée.

Maintenant je dois apprendre à gérer mes émotions et à simplement les laisser passer. Je n’ai pas besoin d’agir sur l’impulsion du moment. Je peux juste me dire: « ok, t’as pas réussi comme tu le voulais. C’est correct. Tu te reprendras la prochaine fois. »

Pour la première fois de ma vie j’ai vraiment le contrôle sur ce qui se passe en moi et je réalise que j’ai fait beaucoup de chemin depuis l’an passé.

On m’a déjà dit qu’il n’y avait jamais rien de permanent. Sauf la mort. Je me console en me disant que je pourrai toujours faire mieux au prochain examen. Ça arrive à tout le monde de moins réussir parfois. C’est humain. C’est normal. Apprendre de ses erreurs et offrir le meilleur de soi-même. C’est là-dessus que je veux mettre mon énergie.

La vie est pleine de petits défis et de moments inattendus. C’est dur de se relever et de continuer malgré tout… mais il y a toujours moyen de se rendre où l’on veut. Parfois, c’est plus long. Parfois, un imprévu survient. D’autres fois, il faut prendre du temps pour soi… Mais il y a toujours moyen d’y arriver. On doit arrêter de s’imposer la perfection et être confiant qu’on y arrivera. C’est quelque chose qui tue à petit feu et c’est épuisant à la longue. Ce n’est pas une vie, ça.

On ne réussit pas toujours du premier coup et c’est parfaitement correct comme ça.

Il suffit d’apprendre à tolérer l’imparfait.
Élyse

4 thoughts on "Tolérer l’imparfait"

  1. nathalie dit :

    juste merci…

  2. Line m dit :

    Beau cheminement ! Bravo

  3. vincenza dit :

    wow —- enjoyed reading that … hope that’s what it was a story of hope thank you …. baby steps..

  4. Loutre dit :

    Bravo et merci ELyse,

    Merci de me donner envie d’accueillir mon humanitude. Ma soeur que je ne vois a peu pres jamais est venue me voir pour une tres courte visite aujourdhui j’aurais voulu lui dire des super choses reconfortantes car elle s’est ouvert a moi sur sa depression. J’ai ete surprise et n’ai pas trop su quoi dire et depuis, je rumine et me tape sur la tete et bouffe apres t’avoir lu, j’ai envie de m’accueillir avec compassion et de me remercier de l’avoir accueillie chez moi.

    Merci

    Loutre

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