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Les jugements face au surpoids: une nutritionniste qui en a assez!

L’autre jour, j’entendais pour une énième fois que le fait de perdre du poids était chose simple: il suffit de bouger plus et de manger mieux… c’est une question d’équilibre!

Je n’ai pas pu me retenir une fois de plus. J’en ai eu marre de cette « formule mathématique » qui devrait, à en croire plusieurs, régler le problème sérieux, souvent souffrant, et toujours multifactoriel qu’est l’obésité.

Pourquoi me suis-je tant emportée? C’est ce que je vous dévoile à l’occasion de ce billet à l’aube de l’été, une saison que redoute trop de personnes aux corps imparfaits… selon elles. Psitt… qu’est-ce-qu’un corps parfait? Ça existe?

Non, le surpoids n’est pas un choix.

Bien plus qu’une question de choix alimentaires et de pratique d’activité physique, l’obésité et le surpoids sont de réelles problématiques multifactorielles qui diffèrent d’une personne à une autre. La solution pour l’un ne le sera pas pour une autre personne, malheureusement. Prétendre qu’il ne suffit que de moins manger et bouger plus en vient à banaliser la souffrance et les causes réelles du surpoids, qui englobent l’hérédité, le stade de la vie, les pratiques culturelles, la médication, les enjeux liés à la santé mentale et , nous le dirons jamais assez, l’historique des régimes amaigrissants.

En véhiculant ce type de message, c’est presque de dire que les personnes en surpoids n’auraient pas compris l’équation (équation beaucoup trop simpliste)…Franchement.

Véhiculer ce type de messages renforcit les nombreux stéréotypes entourant l’obésité

Est-ce qu’automatiquement toutes les personnes de poids normal ou inférieur mangent très bien et sont très actives? Vous savez très bien que non. Alors pourquoi l’inverse serait-il vrai? Nous ne pouvons juger de l’alimentation et du niveau d’activité physique d’une personne simplement en s’attardant à son poids. Non, les personnes rondes ne mangent pas que des hamburgers en regardant la télé. Pas plus que les « minces » ne grignotent que des crudités et pratiquent la course à pied.

Parole de nutritionniste qui évalue chaque semaine des dizaines de personnes!

Tous les aliments ont leur place, peu importe notre poids

Imaginez avoir un surplus de poids et avoir le goût de manger un aliment nutritionnellement imparfait (vous avez des exemples en tête !). Si vous êtes bien dans votre corps, vous assumerez votre envie et irez vous le procurer, point. Mais si par contre vous sentez le jugement d’autres personnes (des phrases assassinent telles que « franchement, cette personne ne s’aide pas! »), il y a malheureusement de fortes chances que vous réprimerez votre envie sur le coup. Mais attention! L’envie de cet aliment risque de prendre de l’ampleur et de virer à l’obsession.

C’est alors qu’il y a un risque que vous vous dirigiez incognito au service à l’auto le plus près et que cette envie d’un aliment précis se traduise par l’ingestion d’une plus grande quantité d’aliments. Pourquoi ? Car le fait de ne pas se permettre des gâteries alimentaires entraîne très souvent des débordements alimentaires. Et ce, peu importe le poids que l’on a.

Ainsi, il importe, à mon humble avis, que toutes les personnes, peu importe leur silhouette, puissent manger de tous les aliments sans craindre les regards réprobateurs d’autrui.

Bouger… oui ! Mais pour le plaisir et la santé svp.

Parlons activité physique. Il n’est plus à prouver que celle-ci permette une meilleure santé, une meilleure estime de soi, un sommeil plus récupérateur et plusieurs autres bénéfices. Parmi ceux-ci figurerait d’aider à la gestion du poids. Mais attention ! Si vous ne pratiquez l’activité physique uniquement dans le but de perdre du poids, vous risquez de perdre votre élan assez rapidement car il s’agit d’une motivation appelée « extrinsèque », c’est-à-dire qui dépend d’un résultat externe à votre état intérieur.

La motivation liée au nombre de livres en moins ou en plus (tout dépendant l’objectif fixé par la personne) sur la balance est beaucoup moins susceptible d’être maintenu à long terme que celle associé au BIEN-ÊTRE ressenti par la pratique de cette activité.

Qui sommes-nous pour juger du corps d’autrui?

Finalement, en quoi est-ce si important le corps ou la forme de celui-ci des gens qui nous entourent? En quoi cela nous concerne-t-il ? Est-ce-que le poids dicte la bonté, la gentillesse ou l’intelligence d’une personne? Évidemment pas.

Vous remarquerez que les personnes qui font le plus de commentaires négatifs envers le corps des autres sont souvent des personnes qui vivent elles-mêmes des enjeux sur le plan de leur propre image corporelle. Aussi, celles-ci affichent tous des poids différents d’une personne à l’autre… en d’autres termes, le poids d’une personne ne peut absolument pas prédire son degré de satisfaction corporelle. Certaines personnes en surpoids jugent les personnes en surpoids. Ce n’est pas seulement les personnes minces qui jugent les personnes plus rondes, détrompez-vous. Comme quoi le poids n’indique pas le bonheur…

Voilà qui clôt ce court billet qui, je l’espère, alimentera votre réflexion à l’égard des personnes en surpoids. Peut-être avez-vous même certains jugements? Le fait de reconnaître que ceux-ci sont présents et erronés est l’étape avant de les travailler et de les rendre plus constructifs, pour le bien-être de tous.

Psitt, vous souhaitez aider Anorexie et boulimie Québec (ANEB) à offrir des services aux personnes qui souffrent d’un trouble alimentaire et à leurs proches? Le porte-parole masculin d’ANEB, Félix-Antoine Tremblay, vous convie à son évènement Monsieur ANEB, le 7 octobre, au Théâtre Plaza, un défilé de la diversité corporelle (une vingtaine d’artistes québécois joueront au mannequin d’un soir) suivi de prestations musicales de RAFFY et de la DJ Julie St-Pierre ainsi que de numéros de cirque. Bar à tartares, cocktails, bar à guimauves et autres douceurs vous attendent! Pour réserver votre place:  http://bit.ly/maneb16 .

3 thoughts on "Les jugements face au surpoids: une nutritionniste qui en a assez!"

  1. Elyse Dubois dit :

    Merci Stéphanie. Je n’aurais su mieux dire. Notre société entretien une relation fort tordue avec le poids, la minceur, la rondeur … et la santé. C’est tellement encré profond ce message de :  »pour être mince : mange moins, bouge plus ». Ça fait 15 ans qu’on nous bombarde avec ces paroles (depuis qu’on a déclaré la guerre à l’épidémie d’obésité). Force est d’admettre que ça n’a pas vraiment porté fruit…au contraire! Et malheureusement, encore trop de professionnels de la santé s’entêtent à répéter ce message sans y apporter la moindre nuance. Au passage, ils renforcent le stigma social qui pèse sur les personnes rondes/obèses; ils ouvrent le chemin à des comportements potentiellement malsains et créent de faux espoirs dans la tête de bien des gens. Gâchis! Je me rallie à ta voix car moi aussi je suis une nutritionniste qui en a assez!

  2. Valérie dit :

    Merci

  3. Caroline dit :

    Merci pour cet article fort intéressant. Je suis moi- même obèse et je me sens jugée mais je me juge encore plus. Je mesure 5’3″ et pèse 233,6 livres.

    Je suis suivie par une nutrionniste depuis peu et elle m’a dit qu’il était question d’hyperphagie dans mon cas. Tout tourne dans ma tête, culpabilité, honte, peur de sortir, retrait social etc

    Ce soir, j’ai contacté la ligne d’écoute ânes pour la première fois. J’étais en sanglots en début d’appel avec Sara. Elle m’a félicitée pour mon premier pas. Ce soir je le dit haut et fort, je ne suis pa qu’obèse, comme vous le mentionné il y a une histoire derrière.

    Merci de tout coeur

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